Janua Vera et Gagner la Guerre, bijoux de la fantasy française ?

Aujourd’hui je vais parler d’un pavé gros comme on les aime qui fut d’abord précédé d’un tout petit recueil de nouvelles que je vais m’attacher à présenter pour plus de clarté (et parce que ça vaut le coup bien évidemment !)

Janua Vera est donc, comme je viens de l’indiquer, un petit recueil de nouvelles qui fera son effet assez rapidement, que vous soyez ou non un amateur de fantasy. Tout simplement pour la raison suivante: il est écrit d’une main de maître, mais j’y reviendrai.

Janua Vera a été publié et édité pour la première fois en 2007 chez les Moutons Électriques et raconte, grossièrement, les péripéties de sept personnages à différentes époques mais dans le même Vieux Royaume. Ce qui est d’autant plus intéressant puisque parfois on reconnaît des échos, comme une ressemblance avec telle ou telle époque (je pense par exemple à la toute première nouvelle, fondatrice, qui ressurgira de temps à autre par la mention du protagoniste dans d’autres nouvelles).

L’auteur écrit d’une façon remarquable en cela qu’il est capable de varier les tons et registres lexicaux: la lecture de la première nouvelle m’avait d’abord laissée dubitative en raison d’un style pompeux et trop empirique.

Sauf que ce n’était que la première et une fois le recueil terminé, on réalise que l’auteur n’a fait que respecter la personnalité de son protagoniste ou encore l’atmosphère qu’il a mis en place. Ainsi on se prend à rire franchement à la lecture de « Jour de Guigne », qui prend l’allure d’un pastiche de Terry Pratchett. Le « Conte de Suzelle » (mon favori) est porté par un style riche et fluide qui coïncide avec le choix du merveilleux, qui me fait penser fortement à une influence venue de Maupassant pour ce qui est de l’écriture. Chrétien de Troyes est lui aussi à l’honneur avec le nouvelle « Le service des dames », qui reprend le topos du chevalier courtois et a eu ensuite tant de succès…

Ce qui est marquant avec ce recueil, c’est l’impact qu’il a sur le lecteur: on a l’impression d’avoir vécu un rêve aux côtés de ces sept personnages différents, d’être allé visiter le Vieux Royaume, d’avoir fait un voyage dans le temps. De plus, et ce n’est pas rien, l’auteur nous évite les traditionnels clichés et personnages redondants qui caractérisent désormais pour beaucoup la fantasy. Ici, rien de tout ça, pas de clichés. Juste un vent de fraîcheur qui souffle sur la littérature française.

Ce qui m’amène, plus succinctement, à présenter le roman de Jean Philippe Jaworski: Gagner la Guerre.

Pourquoi avoir d’abord présenté Janua Vera alors ? Parce que le récit prend place dans le Vieux Royaume et, mieux encore, choisit de mettre en lumière l’un des héros de Janua Vera: Benvenuto Gesufal. Celui-ci est un assassin, comme vous le verrez à la lecture de la nouvelle qui lui est dédiée, « Mauvaise Donne », dans Janua Vera (spoils proscrits !) engagé auprès du Podestat de la République de Ciudalia, Leonide Ducatore. Le problème, c’est qu’on ne sait pas vraiment quelles sont les intentions de ce dernier: veut-il vraiment unifier le Vieux Royaume ? Difficile de vous en dire plus puisque, dès les premières pages, le lecteur est happé par les magouilles politiques qui vont causer bien des ennuis à notre héros Benvenuto …

C’est dans ce premier roman que Jaworski nous fait la démonstration de toute l’étendue de sa richesse stylistique. Autant ne pas y aller par quatre chemins: Jaworski est un orfèvre de l’écriture et un précieux écrivain français qu’il serait fort dommage de rater à cause de quelques a priori sur ce genre souvent sous-estimé qu’est la fantasy. Jamais un personnage n’aura autant été en adéquation avec un style d’écriture: Benvenuto Gesufal est preste, malin, un peu retors, parfois violent, voire insolent. Il est doué, intelligent. Eh bien le style choisi lui correspond parfaitement.

L’autre grande qualité de cette œuvre, c’est d’avoir droit, on en remerciera jamais assez l’auteur, à un univers d’une cohérence exemplaire. Et si justement vous avez lu Janua Vera, le Vieux Royaume n’en sera que plus étoffé et consistant (l’elfe décrit dans Gagner la Guerre est celui présent dans le » Conte de Suzelle » !)

Bref, c’est un véritable monde que cette lecture nous offre à voir et l’immersion est totale.

PS: Valentine, cet article est pour toi !

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5 réflexions sur “Janua Vera et Gagner la Guerre, bijoux de la fantasy française ?

  1. Dorian Gray dit :

    Je viens de consulter ton article. Il a forcément attiré mon attention puisque tu m’as offert « Janua Vera », que j’ai lu (et relu) avec plaisir. La nouvelle « Le conte de Suzelle » est également ma préférée. J’essaierai d’acquérir « Gagner la guerre ». Je te dirai ensuite ce que j’en ai pensé.

    • Oh, ça me fait vraiment plaisir que tu aies aimé, et en plus qu’on préfère la même nouvelle =D.
      Gagner la guerre est vraiment excellent. Je pense que tu apprécieras peut être même plus que le recueil.

      Fais-moi signe, petit galopin, la prochaine fois que tu viens à Paris ! =D

  2. PsychoKefka dit :

    Le style de Gagner la Guerre ne m’a pas si emballé que ça. Je l’ai trouvé trop dense, très riche, mais extrêmement lent ( la taille des pavés ^^ » )
    Après, le fond rattrappe le tout, avec un scénar comme je les adore : mature, cohérent, réaliste, complexed, une vrai intrigue à tiroir servie par un « héros » irrésistible.

    • On en avait effectivement parlé, tu m’avais même dit que le style du traducteur du Trône de Fer t’avait plus plu, ce qui m’a semblé étrange, vu qu’il est lourd et les structures sont archaïques (en anglais je ne sais pas).
      J’ai trouvé qu’au contraire, Gagner la Guerre possède un style fluide malgré ce qui aurait pu être vu comme de la densité XD

  3. PsychoKefka dit :

    Bon je viens de finir Janua Vera ^^

    Très bon recueil de nouvelles qui permet de décrire le monde créé par Jaworski sous différents aspects. Ce qui est assez impressionnant, c’est la différence de ton et d’ambiance entre les différentes histoires ( je pense notamment à « Jour de guigne » et son style très proche de ce que fait Terry Pratchett et son humour noir british ). Je préfère toutefois Gagner la Guerre, l’histoire étant plus longue et par ailleurs plus travaillée. Ce n’est pas étonnant d’ailleurs que la nouvelle que je préfère dans Janua Vera soit Mauvaise Donne, dans laquelle on retrouve les origines de Gagner la Guerre.
    Egalement dans la critique, j’ai quand même parfois du mal à tenir face à d’énormes pavés de descriptions. Le style est toujours très riche, mais au détriment du rythme.
    A lire pour tous les amateurs d’héroic-fantasy mature et ( très ) travaillée.

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