Sky-Doll, la recherche du sens par un androïde

« L’unique droit que tu as, c’est d’appartenir à quelqu’un ! »

Noa, toujours souriante !

Dans un monde de S-F où la religion et la politique sont plus soudées que jamais, un androïde capable de penser se pose une multitude de questions. Elle se nomme Noa, doit être remontée assez régulièrement sous peine de tomber en panne d’autonomie, est dotée d’un inhibiteur de souvenirs propres à toutes les poupées dans le but de limiter son développement personnel, et son travail consiste à vendre son corps cybernétique pour que les hommes puissent avoir la conscience tranquille; à ce titre, elle possède les attributs nécessaires physiquement qui m’ont au départ assez rebutée: énorme poitrine, grands yeux, lèvres pulpeuses, postérieur proéminent, etc.

Noa travaille pour « Dieu », un patron tyrannique qui finit très vite par clamser, mais par une série de gags, elle réussit à s’enfuir en s’introduisant par inadvertance dans un vaisseau piloté par deux ambassadeurs de la papesse Ludovique, Jahu et Roy. L’un ne jure que par une morale stricte et bridée, tandis que l’autre incarne plutôt l’esprit facilement influençable qui ne cesse d’hésiter entre les principes qu’on lui a fourré dans le crâne et ce qu’il voit (c’est-à-dire tout l’inverse). Noa entame alors un voyage initiatique dans le but de découvrir le monde, qui elle est vraiment et pourquoi elle peut penser et réagir.

En parallèle, on découvre qu’un schisme religieux s’est opéré: au commencement il y avait deux papesses, Ludovique et Agape, qui régnaient en harmonie sur la population. La première représentait le charnel, l’autre le spirituel (toujours dans le but de mieux régner). Une division s’est finalement créée entre les fidèles, Agape fut destituée, sa mention et ses représentations interdites, puis on n’entendit plus parler d’elle. Seulement, un homme la recherche avidement et il semblerait que Noa l’intéresse tout particulièrement…

Soyons francs d’emblée: Sky-Doll brille moins par son scénario que par son aspect esthétique. Les réflexions proposées par les deux auteurs, Barbucci et Canepa, sont intéressantes mais, en 2012, assez ressassées pour qu’on les trouve insipides (la religion et les médias comme outils de manipulation, c’est pas nouveau). Mais il reste que le premier tome est sorti en 2000 en France et que l’œuvre a tout de même eu un certain impact sur une bonne partie des lecteurs. Décryptons-donc !

La première réflexion intéressante se situe autour du thème de la religion accouplée à celle de la politique, qui sont vues au travers des médias, plus puissants et influents que jamais. Imaginez-vous un grand show religieux retransmis à la télévision bourré d’effets spéciaux dans le but de s’attirer le plus de fidèles possibles avec en grande vedette la papesse Ludovique, extrêmement séduisante et pas mal dévergondée dans son genre, mais qui souffre également.

« Une masse unique de viande privée de toute conscience. Mon pouvoir est immense ! »

On a donc mis à disposition des poupées-robots destinées à servir l’Humain en toute chose, y compris sexuellement. Oui, c’est assez redondant comme réflexion, maintenant qu’on y pense. Mais c’est avec beaucoup d’humour qu’est abordé le sujet, alors ça passe plutôt bien.

D’un autre côté, on suit le cheminement personnel de Noa, qui tente de se construire en tant qu’être mécaniquement vivant doté de pensées et d’émotions, ce qui est pour le moins singulier de la part d’une cyber-poupée. Elle est joviale, fraîche et craquante en plus d’être intelligente; c’est un personnage plutôt attachant bien que ses questions soient finalement banales.

Noa

Sky-Doll compte aujourd’hui trois volumes et le quatrième ne devrait pas tarder à arriver, en espérant que le scénario soit plus largement développé: il ne va pas assez loin pour le moment et on attend une révélation digne de ce nom, qui ne se limiterait pas à des réflexions et critiques féroces devenues courantes actuellement. De plus la narration me semble être décousue, fragmentée, les événements ne s’enchaînent pas toujours très bien (je pense tout particulièrement au tome 3, où un show télévisé se substitue à l’intrigue principale sans apporter quoi que ce soit de nouveau, sauf à la toute fin).

Côté dessin, là par contre, c’est du tout bon: coloré, fluide, tout en rondeurs, pétillant, explosif, fin, … Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le superbe travail fourni par les deux auteurs. En outre, il correspond parfaitement à l’univers créé et amène une touche d’érotisme suffisamment dosée pour pouvoir être lu assez tôt. Ceci dit, il peut aussi apparaître comme rebutant,  les couleurs flashy étant à l’honneur…

Pour le bonheur des yeux:

Comme je le disais, des couleurs éclatantes !

 

Une aperçu tiré du tome 4:

Sky-Doll T4 par Barbucci

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