The Unwritten, quand la fiction devient réalité

Il m’est arrivé dernièrement de lire un nouveau comics édité par Vertigo, et qui à ce titre devrait, je l’espère, être réédité par Urban Comics (qui a racheté tout le catalogue DC/Vertigo et donc rééditent en grande pompe à un rythme effréné). Lorsque j’ai vu que ce fameux sésame était préfacé par le brillantissime Bill Willingham (auteur de Fables, voir article précédent), je me suis de suite jetée dessus dans l’espoir de trouver quelque chose d’original, d’intelligent et bien mené.

The Unwritten, entre les lignes

The Unwritten est écrit par le scénariste de la série Hellblazer, Mike Carey, et dessiné par Peter Gross (qui lui aussi a travaillé sur Fables, on voit un lien évident entre les deux séries …). Imaginez tout simplement la chose suivante: J.K Rowling a un fils. Elle a créé cette série à succès qu’est Harry Potter, et soudainement, elle disparait de la circulation littéraire. Ce même fils désormais adulte signe à tour des bras les exemplaires de la série dont il est le héros et s’en met au passage plein les fouilles. Seulement, il découvre progressivement qu’en réalité, il n’est pas juste celui qui a inspiré sa mère: il EST ce personnage.

Voilà donc le pitch de The Unwritten ! Si je vous fait cette analogie, c’est parce qu’elle est sciemment proposée par les auteurs: le jeune Tom Taylor, protagoniste irrité et irritable de notre comic, va découvrir qu’il est le personnage que son père a créé dans la série de best-seller Tommy Taylor (un petit magicien à lunettes qui, aidé de ses amis Sue et Peter, se bat contre le mal qu’incarne le méchant comte Ambrosio). Lors d’un salon dédié à la série, une étrange journaliste crée le scandale en l’interrogeant sur son identité, qui serait factice, preuves à l’appui. C’est alors que divers événements surnaturels surgissent et poussent Tom à admettre une vérité qui lui était jusqu’ici impossible d’imaginer … D’ailleurs, comme dans Harry Potter ou Tommy Taylor, il est peu à peu épaulé par deux amis qui ressemblent bizarrement aux héros de la série. Tom sera donc forcé de découvrir la vérité à la fois sur son identité mais aussi sur celle de son père: pourquoi a-t-il subitement disparu, et a-t-il vraiment « créé » Tom, comment, etc.

Mais derrière ce qui pourrait être une réinterprétation, voire un pastiche d‘Harry Potter, se situent des thèmes bien plus intéressants et qui me sont chers: le statut de l’imagination et du rôle qu’elle joue. Si Tom va devoir enquêter sur sa propre identité, il va aussi comprendre le statut et la portée qu’ont les mythes et légendes, dont tout best-seller fait également partie. C’est de cette manière qu’il est amené à rencontrer de grands mythes de littérature comme la créature de Frankenstein ou encore le chevalier Roland. La narration s’alterne, comme chez Fables, entre quelques courts récits (une page ou deux) de Tommy Tailor, coupures de presse et pages internet dédiées aux événements qu’engendrent les actions de Tom (enfin, tout ce qui touche à l’univers de Tommy Taylor) et le périple personnel de Tom. Les points de vue sont, en conséquence, toujours différents, et on a, en tant que lecteur, l’impression de résoudre l’énigme de Tom à ses côtés.

Tom perdu dans les méandres de la fiction, par Yuko Shimizu, illustrateur des couvertures

On peut s’interroger sur le statut du livre, donc: lorsque les lecteurs de Tommy Taylor apprennent que son origine, Tom, ne pourrait bien être qu’un imposteur, le mythe s’effondre. Ils ont l’impression que ce qui les a fait rêver n’a jamais été qu’une mascarade, la magie est annulée, l’illusion dévoilée. D’autres en revanche suggèrent que Tom est Tommy et le prennent pour un prophète.

Il est question, à un certain moment du livre, de la folie que peut représenter la fiction: une petite fille croit dur comme fer que Tommy existe, qu’il est Tom, que la magie existe etc, et elle se met donc à dessiner des symboles partout sur sa fenêtre. Elle se fait examiner et survient à cet instant un débat entre son père et sa mère, dont l’une pense que la fiction est dangereuse et nocive, l’autre qu’elle est au contraire nécessaire pour le bien être mental et source de joie. C’est ce qui nous intéresse: la fiction a toujours été une source de débat quant à savoir si elle est un signe de folie, un symptôme d’un esprit dérangé ou malade, mais aussi et surtout si elle peut avoir un impact dans la réalité. Ici je pense à toute la vague de romans gothiques anglais du XIXe siècle, où l’on commençait à penser que les livres étaient maléfiques rien qu’à cause de leurs propos (Le Moine de Lewis par exemple). Bref, c’est ce qui va être savamment illustré et mis en scène dans The Unwritten, où, d’une manière ou d’une autre la fiction se manifeste dans la réalité, mais elle peut aussi être tristement déceptive. Et puis, imaginez Voldemort ou le Comte Ambrose faire irruption chez vous façon Michael Myers ? Dérangeant, oui ! En effet, toutes les histoires ne se terminent pas bien …

Tom rencontre la créature de Frankenstein dans la réalité, ainsi que la mascotte de Tommy Tailor, Mingus, la chatte ailée

Seule l’imagination et la fiction peuvent donc permettre à Tom de se sortir du bourbier dans lequel il s’est enfoncé, mais c’est un grand pouvoir que celui-ci, et qu’il va falloir apprivoiser…

Et comme il n’y a à ce jour que deux tomes parus en France, il va falloir être patient avant de connaître la suite des aventures de Tom. En attendant, lisez et ne laissez pas votre imagination filer !

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