Batman: La Cour des Hiboux

Que pouvait-on bien inventer qui n’ait pas déjà été fait autour de Batman ? Quels ennemis lui opposer ? Ce sont les questions que je me suis posées avant la lecture de ce tout nouveau Batman. En effet, il s’agit d’un des premiers relaunch de DC Renaissance, qui depuis Juin 2011 avait annoncé son désir d’offrir à ses héros un nouveau souffle de vie face au monstre de succès que représente alors Marvel. C’est donc sous le sobriquet de New 52 que les héros de DC vont pouvoir rajeunir et vivre de nouvelles aventures inédites, tout en permettant à l’éditeur de ne pas sombrer: depuis, chaque héros a donc droit à un relaunch en bonne et due forme, voire à un reboot (Aquaman, Wonder Woman, Green Lantern, la Justice League, Superman, etc).

C’est donc la plume de Scott Snyder et le dessin de Greg Capullo qui vont tenter de refaçonner Batman: dure tâche s’il en est ! Grant Morrison ayant auparavant carrément chamboulé la série – pour le meilleur ou pour le pire, c’est à vous de voir – il n’était clairement pas aisé de créer un titre qui puisse à la fois attirer les néophytes et conserver les lecteurs assidus des péripéties de notre chauve-souris préférée.
Pari gagné pour les deux compères: Batman est plus torturé, Gotham plus sombre que jamais et le titre pour le moins mature !

L’histoire paraît simple: suite à l’une de ses conférences à propos de travaux prévus pour Gotham, Bruce Wayne se fait attaquer par un homme qui porte une combinaison étrange aux allures de hibou. Un meurtre perpétré quelque peu avant le mettait déjà en garde: « Bruce Wayne mourra demain ». Bien entendu, toute la question va être de découvrir QUI peut bien être assez audacieux pour s’en prendre au protecteur de Gotham … Après quelques recherches, on apprend qu’une certaine « cour de hiboux », une légende urbaine, pourrait bien avoir refait surface dans le but de reconquérir « sa » ville. Or, seul le chevalier noir possède Gotham.

L’univers de ce Batman est bien particulier en cela qu’il est étrangement sombre et mature. Car c’est finalement une quête personnelle que Bruce Wayne va devoir entreprendre: qui contrôle réellement Gotham ? Quel a été le passé de cette ville qu’il prétend connaître mieux que quiconque ? Et surtout, quel a été le rôle joué par sa famille dans la fondation de Gotham ? Bruce Wayne fait face à l’inconnu et c’est bien là que se situe toute la force et l’originalité de ce titre qu’est La Cour des Hiboux: c’est une conspiration dangereuse et avisée qui menace non seulement Gotham, mais aussi l’homme qu’est Wayne. Une conspiration qui pourrait bien avoir raison de la santé mentale de Batman.

Quand la folie s’empare de Batman …

Ce n’est ni plus ni moins que la psychologie de Batman à laquelle s’intéresse Scott Snyder: lui qui croyait tout savoir, tout connaître de Gotham va réaliser à quel point il est ignorant et dépassé par son égo. A cet égard, cette lecture m’a très fortement rappelé Knightfall: la chauve-souris est impuissante face à son prédateur naturel. Elle fuit, se débat, est prise dans un piège insurmontable.
D’autre part, ce nouvel ennemi qu’est la cour des hiboux, mythique, multiple, invisible et cruel, représente véritablement une force d’opposition affirmée, puissante, influente; bref, capable de détruire psychologiquement le chevalier noir. Pour une menace dont on n’avait jusqu’ici jamais entendu parler, elle s’intègre finalement très bien au background de la série et lui apporte une vraie originalité.

Côté dessin, Greg Capullo (qui œuvre sur Spawn aux côtés de McFarlane) contribue à rendre Gotham sombre et mystérieuse au possible grâce à un trait identifiable entre mille, de sorte que même Batman ne reconnait plus son territoire. Les couleurs sont superbement utilisées: un blanc irradiant et signe de folie au chapitre 5, en contraste avec le noir habituel qui caractérise Gotham et son chevalier, le rouge écarlate de la dernière page, les jeux d’ombres, …

Le seul problème tiendrait du fait que les visages des personnages se ressemblent énormément: difficile de reconnaitre les Robin, Nightwing, Bruce ou encore Lincoln, le prétendant au titre de maire de Gotham. Mais peut-être que tout ceci n’est pas qu’une coïncidence …
La mise en scène est quant à elle extrêmement bien fichue: lors de la « crise » de Batman au chapitre 5, l’immersion est totale grâce au support mis à contribution qu’est l’album lui-même.

On peut dès lors considérer que La Cour des Hiboux tome 1 est un relaunch qui se veut solide et innovant, prêt à précipiter Batman dans l’abîme du passé qui recouvre Gotham, la chauve-souris n’ayant plus d’autre choix que celui de faire face à sa propre psychologie névrosée, brisée, afin d’en sortir, à l’image de la série phare de DC Comics, plus victorieux que jamais.

The Court is watching you …

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