The Amazing Spider-Man: un souffle nouveau ?

Enfin, …c’est vite dit. Le réalisateur Mark Webb décide de revoir le héros tisseur de toiles, en la personne de Andrew Garfield, et pour ma part, n’ayant pas été charmée par les opus de Sam Raimi, ça passe très bien, même s’il faut avouer que le film est objectivement loin d’être bon: il accumule les clichés, choisit des procédés faciles, est blindé d’incohérences, et surtout, oh oui surtout, il jouit d’une surenchère de pathos à gerber. MAIS, comme je l’ai apprécié malgré ces défauts, ce qui semble étrange, tentons de justifier un peu. Attention, spoilers inside !

Premièrement, et je l’ai déjà dit, les Spider-Man de Sam Raimi avaient été une purge. La simple vue de Tobey Maguire me révulse et son obsession de Mary-Jane m’ennuie. J’avais été très déçue de constater que Spider-Man n’utilisait, en combat, que ses talents d’acrobate, alors que bordel, il aurait pu se servir de ses toiles … En outre, le seul intérêt du film à mon sens ne réside que dans les scènes aériennes où Spider-Man se balance de toile en toile, mais bon, au bout de trois épisodes, on a fait le tour.

The Amazing Spider-Man ne révolutionne pas le genre de l’initiation du super-héros qui découvre ses pouvoirs, non, jamais. Cependant, il y a quelques bonnes idées qui font la différence avec Raimi. A commencer par une meilleure mise en place des origines de celui qui deviendra l’homme-araignée, même si, soyons sérieux, le fait qu’un jeune ado arrive à s’infiltrer dans un complexe scientifique ultra-sur-protégé me laisse désespérée par les techniques de narration du scénariste (s’il y en a un). Le scénario, justement, est véritablement téléphoné, ce qui est fort regrettable, mais on me dit souvent que « ils ne peuvent pas faire autrement, au cinéma! » Ah. Bon. On va faire avec, alors.

Bref, notre héros découvre donc ses origines: il est le fils d’un grand scientifique qui aurait théorisé et testé le transfert de gènes animaux. Pas besoin d’être une lumière pour écrire le reste du scénar. Encore une fois, on nous refait le coup de la science toute-puissante qui constitue une réponse à tout, mais tant pis. Parker se fait donc piquer par une araignée spéciale, fruit des tests de son père, qui lui octroie d’étonnants pouvoirs, à peu de choses près comme dans le comic. Dommage que ce début soit raté, si mal amené, car j’avoue que pendant la première partie du film, le rythme est lent et déséquilibré. Ceci dit, au moins, les premières scènes du film amènent une nouveauté inexistante du comic. On a droit à un Spidey bien plus humain que dans ceux de Sam Raimi, avec ses faiblesses, un passé difficile (même si topos déjà connu) et un trauma qui, lui, est le même que dans le comic. Une superbe incohérence à noter quand même: Parker cherche l’assassin d’oncle Ben, mais soudainement, comme par magie, il l’oublie. Zut.

D’autre part, Parker tente de dompter ses pouvoirs, ce qui lui vaut de revenir chez tante Mé bardé de coquards et autres belles marques: enfin ! Enfin, on ne devient pas un super-héros du jour au lendemain ! L’entraînement est difficile et le passage de l’humain au héros est plutôt bien représenté: un point de plus pour Marc Webber. De même, la conception du costume de Spider Man ne se fait pas en deux temps trois mouvements et nécessite quelques échecs pour finalement parvenir à ZE costume. Chez Raimi, rappelons qu’aucune explication n’était fournie.

Une magnifique combi, et pensée, en plus !

On reste dans la lignée du comic également côté choix de la dulcinée, Gwen Stacy, le premier véritable amour de Peter Parker, qui permet d’osciller entre fidélité au comic et nouveauté par rapport aux origines de Spider-Man.

Les scènes d’action m’ont retournée, mais je crois l’avoir déjà souligné: bien filmées, elles sont dynamiques et montrent que Sam Raimi n’est pas insurpassable. Peter connaît un panel d’actions variées qui lui permettent de se comporter comme une araignée (je pense à la scène de fight contre Lizardman dans le lycée, où il transforme l’animal en cocon) tout en étant extrêmement humain; de même, fidèle au personnage du comic, il nargue continuellement sa cible, contrairement au Spidey de Raimi qui à bien des égards semblait perdu et timide. Ce n’est pas le cas ici. Si Andrew Garfield me faisait peur au départ, il m’a bien rassurée tant il incarne bien Spider-Man: autant Tobey Maguire m’est antipathique (ce regard niais!), autant celui-ci attire la sympathie.

Quant au méchant, Lizardman, rien de nouveau hélas: un scientifique manchot qui veut retrouver son bras se sert de la formule mathématique de Peter et, sous la pression de Norman Osborn, se voit obligé de se servir de lui-même comme cobaye. Et paf, ça fait un gros lézard qui veut transformer tout le monde. Rien de neuf, donc.

Enfin, il est dommage que le film soit entaché par un patriotisme exacerbé et une niaiserie ambiante: la scène des grues appuiera mon propos. Ou celle de papa Stacy qui reconnait notre ami et décide de l’aider (non mais, crédibilité zéro les gars). Dommage en effet que toujours il faille agrémenter les blockbusters de scènes dites « héroïques » pas crédibles une seule seconde (ma plus grosse déception à ce jour restera la fin de Batman: The Dark Knight, la scène du bateau bourré de prisonniers bien-pensants – une honte, un affront envers le comic). Même reproche ici: personne n’aiderait Spider-Man, pas plus que Batman, si on suit les scénarii originels.

Je rêve d’un film de super-héros qui arriverait à se détacher des pauvres clichés sans cesse repris d’un film à l’autre. Raté pour celui-ci. Mais bon, le film a su me divertir, la musique de James Horner est un bonheur pour mes oreilles, et comparativement aux films de Raimi, ce Spider-Man est bien plus humain, plus courageux, plus narquois, plus sombre. Il est en ce sens une adaptation réussie qui propose d’apporter un peu de nouveauté à l’histoire de Spider-Man tout en ne trahissant pas celle-ci.

Mention spéciale beauté pour le plan final:

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Cosmopolis le raté

Que de déception lors de ma dernière venue au cinéma ! A croire que les films estampillés « Festival de Cannes » sont à éviter …

Ce film représente un sacré challenge: ne pas vous endormir durant la séance.

Dernier film du réalisateur David Cronenberg (Faux-Semblants, La Mouche, History of Violence, eXistenZ), Cosmopolis se veut être un film critique du capitalisme, dans lequel un jeune golden-boy, ici notre ami Robert Pattinson, voit en l’espace d’une journée son monde de spéculations s’effondrer. Sur le papier, ça avait l’air pas mal (d’ailleurs, le film est adapté du roman de DeLillo), j’avais pensé à American Psycho, là, comme ça. Mais en fait,  non (enfin, si: le film est raté aussi), ne vous fiez surtout pas à la bande-annonce, qui promet un film dynamique alors qu’un paquet de temesta aurait pu constituer l’affiche de celui-ci.

Et pourquoi est-ce raté ?

C’est très simple: on a l’impression que le film est cousu de petites phrases lancées sans être suturées à ce qui précède ou à ce qui suit, avec quelques tentatives de réflexions ratées, mal placées, mal pensées. Alors oui, on saisit bien la « critique » du capitalisme, mais elle est bâclée, simple, manichéenne. Le principe du golden-boy cloîtré dans sa limousine, qui rencontre successivement différentes personnes pour parler de l’économie, qui observe tout sans pouvoir y faire quelque chose, c’était une bonne idée, oui. Mais tout est tellement lent, capillotracté, mal construit, que le propos de base, s’il y en avait un, passe totalement à la trappe.

On ne sait pas pourquoi des gens venus de nulle part viennent squatter la limousine du monsieur, afin de déverser une basse philosophie plus que douteuse (et simpliste par dessus tout). On ne sait pas pourquoi on a des scènes de sexe qui ne servent réellement à rien. On ne sait pas pourquoi le personnage est aussi indifférent à tout (à moins qu’on ne me sorte le fameux: « il est en train de tout perdre, le pauvre, il ne sait plus ce qu’il fait ! »). La fin du film est un mystère absolu (si quelqu’un l’a comprise, qu’on m’explique), interminable, qui vomit une salve de phrases incompréhensibles, dont le sens aurait échappé à Paul Claudel lui-même ! Le reste de la salle n’a d’ailleurs pas tenté de résister à l’appel de la sortie, qui me faisait de l’œil tout le long du film. Je m’attendais presque à recevoir une médaille pour être restée jusqu’à la fin, pour avoir tenté de comprendre: POURQUOI ?

En résumé, Cosmopolis tente de fournir une réflexion autour du thème du capitalisme mais ne réussit qu’à produire un déchet cinématographique, bourré de non-sens, de prétention, de verbiage pseudo-intellectuel qui ennuie et fait se transformer 1h48 en une éternité.

Si la masturbation intellectuelle ne vous sied pas, passez votre chemin. Vraiment.

The Unwritten, quand la fiction devient réalité

Il m’est arrivé dernièrement de lire un nouveau comics édité par Vertigo, et qui à ce titre devrait, je l’espère, être réédité par Urban Comics (qui a racheté tout le catalogue DC/Vertigo et donc rééditent en grande pompe à un rythme effréné). Lorsque j’ai vu que ce fameux sésame était préfacé par le brillantissime Bill Willingham (auteur de Fables, voir article précédent), je me suis de suite jetée dessus dans l’espoir de trouver quelque chose d’original, d’intelligent et bien mené.

The Unwritten, entre les lignes

The Unwritten est écrit par le scénariste de la série Hellblazer, Mike Carey, et dessiné par Peter Gross (qui lui aussi a travaillé sur Fables, on voit un lien évident entre les deux séries …). Imaginez tout simplement la chose suivante: J.K Rowling a un fils. Elle a créé cette série à succès qu’est Harry Potter, et soudainement, elle disparait de la circulation littéraire. Ce même fils désormais adulte signe à tour des bras les exemplaires de la série dont il est le héros et s’en met au passage plein les fouilles. Seulement, il découvre progressivement qu’en réalité, il n’est pas juste celui qui a inspiré sa mère: il EST ce personnage.

Voilà donc le pitch de The Unwritten ! Si je vous fait cette analogie, c’est parce qu’elle est sciemment proposée par les auteurs: le jeune Tom Taylor, protagoniste irrité et irritable de notre comic, va découvrir qu’il est le personnage que son père a créé dans la série de best-seller Tommy Taylor (un petit magicien à lunettes qui, aidé de ses amis Sue et Peter, se bat contre le mal qu’incarne le méchant comte Ambrosio). Lors d’un salon dédié à la série, une étrange journaliste crée le scandale en l’interrogeant sur son identité, qui serait factice, preuves à l’appui. C’est alors que divers événements surnaturels surgissent et poussent Tom à admettre une vérité qui lui était jusqu’ici impossible d’imaginer … D’ailleurs, comme dans Harry Potter ou Tommy Taylor, il est peu à peu épaulé par deux amis qui ressemblent bizarrement aux héros de la série. Tom sera donc forcé de découvrir la vérité à la fois sur son identité mais aussi sur celle de son père: pourquoi a-t-il subitement disparu, et a-t-il vraiment « créé » Tom, comment, etc.

Mais derrière ce qui pourrait être une réinterprétation, voire un pastiche d‘Harry Potter, se situent des thèmes bien plus intéressants et qui me sont chers: le statut de l’imagination et du rôle qu’elle joue. Si Tom va devoir enquêter sur sa propre identité, il va aussi comprendre le statut et la portée qu’ont les mythes et légendes, dont tout best-seller fait également partie. C’est de cette manière qu’il est amené à rencontrer de grands mythes de littérature comme la créature de Frankenstein ou encore le chevalier Roland. La narration s’alterne, comme chez Fables, entre quelques courts récits (une page ou deux) de Tommy Tailor, coupures de presse et pages internet dédiées aux événements qu’engendrent les actions de Tom (enfin, tout ce qui touche à l’univers de Tommy Taylor) et le périple personnel de Tom. Les points de vue sont, en conséquence, toujours différents, et on a, en tant que lecteur, l’impression de résoudre l’énigme de Tom à ses côtés.

Tom perdu dans les méandres de la fiction, par Yuko Shimizu, illustrateur des couvertures

On peut s’interroger sur le statut du livre, donc: lorsque les lecteurs de Tommy Taylor apprennent que son origine, Tom, ne pourrait bien être qu’un imposteur, le mythe s’effondre. Ils ont l’impression que ce qui les a fait rêver n’a jamais été qu’une mascarade, la magie est annulée, l’illusion dévoilée. D’autres en revanche suggèrent que Tom est Tommy et le prennent pour un prophète.

Il est question, à un certain moment du livre, de la folie que peut représenter la fiction: une petite fille croit dur comme fer que Tommy existe, qu’il est Tom, que la magie existe etc, et elle se met donc à dessiner des symboles partout sur sa fenêtre. Elle se fait examiner et survient à cet instant un débat entre son père et sa mère, dont l’une pense que la fiction est dangereuse et nocive, l’autre qu’elle est au contraire nécessaire pour le bien être mental et source de joie. C’est ce qui nous intéresse: la fiction a toujours été une source de débat quant à savoir si elle est un signe de folie, un symptôme d’un esprit dérangé ou malade, mais aussi et surtout si elle peut avoir un impact dans la réalité. Ici je pense à toute la vague de romans gothiques anglais du XIXe siècle, où l’on commençait à penser que les livres étaient maléfiques rien qu’à cause de leurs propos (Le Moine de Lewis par exemple). Bref, c’est ce qui va être savamment illustré et mis en scène dans The Unwritten, où, d’une manière ou d’une autre la fiction se manifeste dans la réalité, mais elle peut aussi être tristement déceptive. Et puis, imaginez Voldemort ou le Comte Ambrose faire irruption chez vous façon Michael Myers ? Dérangeant, oui ! En effet, toutes les histoires ne se terminent pas bien …

Tom rencontre la créature de Frankenstein dans la réalité, ainsi que la mascotte de Tommy Tailor, Mingus, la chatte ailée

Seule l’imagination et la fiction peuvent donc permettre à Tom de se sortir du bourbier dans lequel il s’est enfoncé, mais c’est un grand pouvoir que celui-ci, et qu’il va falloir apprivoiser…

Et comme il n’y a à ce jour que deux tomes parus en France, il va falloir être patient avant de connaître la suite des aventures de Tom. En attendant, lisez et ne laissez pas votre imagination filer !

Sky-Doll, la recherche du sens par un androïde

« L’unique droit que tu as, c’est d’appartenir à quelqu’un ! »

Noa, toujours souriante !

Dans un monde de S-F où la religion et la politique sont plus soudées que jamais, un androïde capable de penser se pose une multitude de questions. Elle se nomme Noa, doit être remontée assez régulièrement sous peine de tomber en panne d’autonomie, est dotée d’un inhibiteur de souvenirs propres à toutes les poupées dans le but de limiter son développement personnel, et son travail consiste à vendre son corps cybernétique pour que les hommes puissent avoir la conscience tranquille; à ce titre, elle possède les attributs nécessaires physiquement qui m’ont au départ assez rebutée: énorme poitrine, grands yeux, lèvres pulpeuses, postérieur proéminent, etc.

Noa travaille pour « Dieu », un patron tyrannique qui finit très vite par clamser, mais par une série de gags, elle réussit à s’enfuir en s’introduisant par inadvertance dans un vaisseau piloté par deux ambassadeurs de la papesse Ludovique, Jahu et Roy. L’un ne jure que par une morale stricte et bridée, tandis que l’autre incarne plutôt l’esprit facilement influençable qui ne cesse d’hésiter entre les principes qu’on lui a fourré dans le crâne et ce qu’il voit (c’est-à-dire tout l’inverse). Noa entame alors un voyage initiatique dans le but de découvrir le monde, qui elle est vraiment et pourquoi elle peut penser et réagir.

En parallèle, on découvre qu’un schisme religieux s’est opéré: au commencement il y avait deux papesses, Ludovique et Agape, qui régnaient en harmonie sur la population. La première représentait le charnel, l’autre le spirituel (toujours dans le but de mieux régner). Une division s’est finalement créée entre les fidèles, Agape fut destituée, sa mention et ses représentations interdites, puis on n’entendit plus parler d’elle. Seulement, un homme la recherche avidement et il semblerait que Noa l’intéresse tout particulièrement…

Soyons francs d’emblée: Sky-Doll brille moins par son scénario que par son aspect esthétique. Les réflexions proposées par les deux auteurs, Barbucci et Canepa, sont intéressantes mais, en 2012, assez ressassées pour qu’on les trouve insipides (la religion et les médias comme outils de manipulation, c’est pas nouveau). Mais il reste que le premier tome est sorti en 2000 en France et que l’œuvre a tout de même eu un certain impact sur une bonne partie des lecteurs. Décryptons-donc !

La première réflexion intéressante se situe autour du thème de la religion accouplée à celle de la politique, qui sont vues au travers des médias, plus puissants et influents que jamais. Imaginez-vous un grand show religieux retransmis à la télévision bourré d’effets spéciaux dans le but de s’attirer le plus de fidèles possibles avec en grande vedette la papesse Ludovique, extrêmement séduisante et pas mal dévergondée dans son genre, mais qui souffre également.

« Une masse unique de viande privée de toute conscience. Mon pouvoir est immense ! »

On a donc mis à disposition des poupées-robots destinées à servir l’Humain en toute chose, y compris sexuellement. Oui, c’est assez redondant comme réflexion, maintenant qu’on y pense. Mais c’est avec beaucoup d’humour qu’est abordé le sujet, alors ça passe plutôt bien.

D’un autre côté, on suit le cheminement personnel de Noa, qui tente de se construire en tant qu’être mécaniquement vivant doté de pensées et d’émotions, ce qui est pour le moins singulier de la part d’une cyber-poupée. Elle est joviale, fraîche et craquante en plus d’être intelligente; c’est un personnage plutôt attachant bien que ses questions soient finalement banales.

Noa

Sky-Doll compte aujourd’hui trois volumes et le quatrième ne devrait pas tarder à arriver, en espérant que le scénario soit plus largement développé: il ne va pas assez loin pour le moment et on attend une révélation digne de ce nom, qui ne se limiterait pas à des réflexions et critiques féroces devenues courantes actuellement. De plus la narration me semble être décousue, fragmentée, les événements ne s’enchaînent pas toujours très bien (je pense tout particulièrement au tome 3, où un show télévisé se substitue à l’intrigue principale sans apporter quoi que ce soit de nouveau, sauf à la toute fin).

Côté dessin, là par contre, c’est du tout bon: coloré, fluide, tout en rondeurs, pétillant, explosif, fin, … Les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le superbe travail fourni par les deux auteurs. En outre, il correspond parfaitement à l’univers créé et amène une touche d’érotisme suffisamment dosée pour pouvoir être lu assez tôt. Ceci dit, il peut aussi apparaître comme rebutant,  les couleurs flashy étant à l’honneur…

Pour le bonheur des yeux:

Comme je le disais, des couleurs éclatantes !

 

Une aperçu tiré du tome 4:

Sky-Doll T4 par Barbucci

Perfect Sense

Que se passerait-il si nous perdions nos sens, un à un ? Quels seraient les conséquences ? Comment nous comporterions-nous ?

Ce sont les questions posées par  le dernier film de MacKenzie, Perfect Sense, avec Ewan Mc Gregor et Eva Green. Mais il y répond aussi, et d’une bien jolie façon, pour nous donner à voir un drame percutant et touchant. Dépressifs s’abstenir !

L’idée de base est simple: un genre d’épidémie touche peu à peu les êtres humains, partout dans le monde. On ne sait si cela se propage, à quoi c’est dû, pourquoi, qui, comment, … Bref, on ne sait presque rien si ce n’est que nos sens disparaissent sans que l’on puisse y faire quelque chose. On sait seulement qu’avant de les perdre, des symptômes émotionnellement violents surgissent, pour le meilleur comme pour le pire.

Eva Green interprète une épidémiologiste, Ewan McGregor un chef cuisinier, qui se rencontrent de façon fortuite et, bien sûr, tombent amoureux l’un de l’autre. Jusque-là, rien d’original. Mais chacun des deux personnages va ressentir le besoin immédiat de retrouver l’autre dès que l’un de ses sens sera perdu, ce qui signifie qu’ils vont se rapprocher dans de bien étranges circonstances qui créent un certain effet d’attente: ils s’aiment, et l’amour nécessite la mobilisation des cinq sens.

Elle est là, l’originalité, dans un film apocalyptique. Que se passera-t-il lorsqu’ils ne pourront plus sentir le parfum de l’autre, se toucher, s’entendre, et enfin se voir ? Comment continuer à s’aimer lorsque l’on ne peut plus avoir accès à l’autre? L’histoire d’amour fonctionne comme  un exemple concret de ce que serait la vie sans nos sens, finalement.

Le film choisit d’illustrer la façon dont on pourrait s’adapter dans de telles circonstances: en effet, pour un chef cuisinier, il devient difficile de préparer un quelconque plat quand le sens du goût a disparu. Qui irait manger des restaurants ? Alors, on épice un maximum ce que l’on mange, et les restaurants deviennent de simples endroits où on se montre, où l’on invite quelqu’un pour ne pas avoir à faire la vaisselle, où l’on teste différentes textures (le savon ou la mousse à raser seraient onctueux !)

En outre, on cherche à injecter du sens à la vie; sens dont elle devient progressivement dénuée. Et malgré tout, l’homme n’a pas d’autre choix que de s’adapter.

En somme, vous vous doutez bien que la perte de l’ouïe et de la vue vont être capitales dans le développement de l’intrigue du film (et vous aurez raison). Le film pose des questions pertinentes, nous fait imaginer un monde et un mode de vie terriblement effrayant ( ce qui est d’ailleurs plutôt bien mis en scène grâce au silence qui se met en place lors de la perte de l’ouïe) qui mènent à la folie ou encore la mort (en ayant recours au suicide).

La vie du « couple » formé par Eva Green et McGregor nous pousse à imaginer ce que serait la vie sans nos cinq sens et permet de mieux nous faire participer au film en tant que spectateur, avec une scène finale poignante et chargée d’émotions, intense, qui donne à voir une histoire d’amour assez poétique dans sa simplicité et sa sobriété.

Peut-être qu’enfin l’adjectif « apocalyptique » va pouvoir se passer d’effets spéciaux en tous genres au cinéma.

Skip the Use: album + concert

Si vous cherchez un groupe de rock’n roll aux sonorités électro voire groovy qui a de l’énergie à revendre et qui vous donnera une pêche d’enfer, le voici: Skip the Use, petit groupe dynamique montant venu du nord de la France qui poursuit son chemin depuis 2008 et qui vient de sortir son dernier album, Can Be Late.

Can Be Late des Skip the Use

Si je vous en parle maintenant, c’est parce qu’hier j’étais avec eux au Bataclan, ce qui va me permettre de faire à la fois la critique de leur album et la critique de leur concert.

L’album serait à mes yeux un bon mélange de rock et d’électro, d’un peu de funk (je pense  à une basse très présente qui confère à chaque chanson ce petit quelque chose) et d’autres sonorités qui en font un album assez hétérogène. Allons au but, ce qui fait la force de Skip the Use, c’est la facilité qu’ils ont à produire des chansons qui accrochent et donnent envie de bouger quoiqu’il arrive tout en n’étant pas trop répétitif, malgré quelques ressemblances surtout au niveau de la gratte. Mais bon, le but, c’est bien de se remuer, et ça marche ! Paradoxalement, l’identité musicale du groupe est là grâce au son particulier de la guitare, qu’on reconnaît tout de suite (c’est assez frappant en live).

Le meilleur exemple en est People in the Shadow, leur chanson désormais phare, qui annonce tout de suite la couleur: ça bouge, c’est énergique, et en plus ça nous parle; ou encore Ghost, Antislavery, PILthe Face et bien d’autres qui constituent à elles seules une sorte de best-of représentatif de ce que fait le groupe. Dans tous les cas, elles accrochent et restent dans la tête bien après leur écoute (I want to knoooow …!).

Jugez plutôt avec leur performance scénique lors des Victoires de la musique:

En règle générale donc, l’album est bon, hormis une piste, Fallin, que je trouve bien en deça du reste, banale et simpliste qui ressemblerait presque à du Sum41 (comme ça c’est dit).

Pour ce qui est du concert en lui-même: explosif !

Matt Bastard, le chanteur, exceptionnel et blindé d’énergie, chauffe la salle comme personne, au point que tout le monde danse, même les plus réfractaires (moi la première). Et pour cause: c’est une vraie pile électrique ! Il fait aussi participer le public en l’invitant à se déplacer d’un bout à l’autre de la salle, puis on s’assied, on se relève en sautant partout, on danse, on chante… Bref, c’est un peu la folie et la bonne ambiance dans la salle, et j’insiste vraiment sur l’énergie hallucinante de Matt qui donne vraiment tout ce qu’il a.

C’est bien ce qui fait la qualité du groupe d’ailleurs: après tout, certains se contentent simplement de reprendre intégralement un album studio sans y apporter la moindre particularité. Et quel est l’intérêt d’aller voir un groupe en concert si c’est juste pour entendre un album studio qu’on connaît déjà par coeur ? Là, on a véritablement l’impression de connaître une nouvelle facette du groupe qu’on ne peut découvrir que pendant le concert.

En clair, Skip the Use apporte des modifications à leur création musicale et une présence scénique intrinsèque  qui fait de leurs concerts des moments uniques à ne surtout pas manquer.

Encore une pour finir:

Batman: Arkham City

Histoire de changer un peu de registre, et parce que c’est le dernier jeu en date que j’ai terminé, je vais parler cette fois de Batman Arkham City, sorti en fin d’année. Je précise avant toute chose que je n’ai pas encore fait le premier opus, Arkham Asylum (ce qui est dommage dans la mesure où j’aurais pu les comparer, mais tant pis).

Batman et Catwoman

L’histoire prend place après les événements survenus après Arkham Asylum, qui ont définitivement révélé à quel point la politique carcérale de la ville avait besoin d’un renouveau. Cette lourde tâche a donc été assignée à un certain Hugo Strange, bizarrement associé au maire fraîchement élu de Gotham City. C’est ainsi que nous nous retrouvons dans une cité-prison rappelant sans détour New York 1997 de John Carpenter, tandis qu’une rumeur se répand: le Joker serait malade, voire proche de la mort.

C’est là qu’on se dit: punaise, jouer dans une ville aussi immense et bourrée de détenus complètement siphonnés en étant dans la peau d’un justicier volant armé de gadgets, ça va claquer.

Et effectivement, c’est le cas ! Quoi de plus jouissif que de planer la nuit au dessus de Gotham City parfaitement reproduite ?

Graphismes et parti-pris artistique au top

La ville est démesurément grande et détaillée: pour quiconque a lu quelques comics de Batman, le rêve est réalisé. On peut désormais, grâce au grappin, atteindre les hauteurs les plus inaccessibles. Architecturalement, les immeubles rappellent les années 50 voire antérieur de façon craspec: les néons délabrés qui pendent de-ci de-là, les faibles lumières émanant des immeubles, les enseignes délavées et vieillies donnent cette impression de ville à l’abandon. L’atmosphère est parfaite: angoissante, oppressante, elle rappelle toujours que nous sommes bien dans une prison ouverte et non dans une cité qui n’est aujourd’hui plus que l’ombre de ce qu’elle a été. Sur ce point, Gotham a même été jusqu’à me faire penser à Rapture de Bioshock, avec ses cinémas et théâtres miteux émergeant d’un passé oublié. D’ailleurs, il est possible pour les lecteurs de se rappeler de ce qu’ils ont lu, puisque par exemple la scène du crime dont les parents de Bruce ont été victimes est représentée; en outre, il est possible de s’y rendre en passant par Crime Alley. Bref, l’univers Batman est fidèlement reproduit, pour le grand bonheur des fans, grâce à sa direction artistique remarquable.

Concernant les personnages présents, cela m’a fait le même effet que lorsque j’ai lu Batman Silence, c’est à dire qu’ils sont assez nombreux: Bane, Poison Ivy, le Joker, Harley Quinn, le Pingouin, Catwoman, Dead Shot, Gueule d’argile, Two-Faces, … Je ne les cite pas tous, mais force est de constater que les créateurs ont mis le paquet.

La belle Catwoman

  • Gameplay

Côté gameplay, les combats sont extrêmement fluides: il suffira d’appuyer plusieurs fois sur un ou plusieurs boutons pour déclencher quelques combos destructeurs mais, toutefois, plus on avance dans le jeu, plus les enchainements deviennent variés et moins évidents à réaliser, sans poser trop de difficultés pour autant. Les enchaînements et autres attaques seront débloqués en gagnant de l’xp, vous laissant ensuite le choix de ce que vous préférerez upgrader. Les commandes sont nombreuses pour ce qui est d’incarner directement Batman: une pression de la gâchette pour planer et fondre sur les ennemis, une touche pour l’étourdir grâce à sa cape et pour ensuite effectuer un combo qui finira peut-être par déclencher un joli finish en cut-scene.
On peut aussi disséminer ça et là quelques gadgets explosifs pour surprendre les ennemis, utiliser la bat-griffe en plein combat etc. A ce sujet, je n’ai jamais réellement réussi à utiliser en combat les gadgets mis à notre disposition, trop de boutons ! Autre point noir: la gestion de la caméra: lorsqu’on se bat, cela peut vite devenir problématique de ne pas réussir à « viser » correctement le bon ennemi et on se laisse vite encercler.

Certains moments du jeu se feront en infiltration: vous devrez alors discrètement vous placer sur une gargouille, bien observer l’ennemi et par exemple lui fondre dessus puis le neutraliser silencieusement. Ou alors, on peut choisir de s’infiltrer en profitant des trappes au sol et surgir derrière l’ennemi.

J’oubliais: si vous achetez le jeu neuf et non d’occasion, vous pourrez bénéficier du DLC Catwoman qui vous permettra de l’incarner. C’est peut-être parce que je suis une fille, mais je l’ai trouvée plus fluide encore que Batman lors des combats (et quels enchainements gracieux !). Les deux personnages sont réellement différents: si Catwoman ne peut pas voler, comme Batman, elle se sert en revanche de son fouet pour saisir un lampadaire et si accrocher prestement.
Les boss sont assez impressionnant la plupart du temps, dans tous les sens du terme: certains sont particulièrement imposants, comme les sbires du Joker armés d’un énorme marteau, ou encore un certain personnage « né un lundi ».

Batman casse des gueules

  • La durée de vie

Cette dernière est raisonnable: si le scénario principal se termine en à peu près 10h grand max, le reste devrait l’allonger considérablement. En outre, les énigmes de Nigma, qui sont au nombre de 400, devraient vous occuper assez longtemps; si comme moi vous préférez explorer chaque mètre carré de Gotham, on arrive facilement à plus de 40h de jeu. De plus, il y a la possibilité de faire des quêtes annexes avec Bane, Dead Shot, ZsasZ et autres ainsi que de répondre à l’appel des défis, comme détruire un certain nombre d’objets, faire tel enchainement à tel moment d’un combat, réussir des épreuves en planant, …

Only youuu … !

  • Le scénario

Assez conventionnel, mais qui peut être surprenant à certains égards (la fin !), il est bien mené et comporte son lot de petits rebondissements qui ne manqueront pas de plaire aux fans; quant aux nouveaux venus dans l’univers de Batman, je dirais que le jeu serait dans ce cas une très bonne introduction dans le sens où l’histoire rappelle fortement certains comics, tels que l’immanquable A Long Halloween. Très correct, le scénario nous entraîne donc dans une histoire de Batman divertissante et prenante tout en alternant avec les mésaventures de Catwoman.

Pour conclure:

  • Une direction artistique léchée
  • Une sensation de liberté grisante
  • Une prise en main facile
  • Des combats fluides
  • Graphismes impeccables (d’où la pub de Nvidia)
  • Un panel de personnages variés

et d’un autre côté:

  • Combats parfois fouillis à cause de la caméra, pas toujours parfaite
  • Des gadgets un peu inutiles
  • Le DLC Catwoman, qui oblige les joueurs à acheter neuf et non d’occasion, sans que celui-ci soit exceptionnel.

Catwoman et Two-Faces